Le retrait-gonflement des argiles est la cause la plus fréquente de fissures liées à la sécheresse. Pourtant, aucune assurance habitation ne peut vous indemniser sans texte officiel reconnaissant l'état de catastrophe naturelle pour votre commune. La bonne nouvelle, c'est que cette reconnaissance dépend d'une démarche très concrète, et qu'on a préparé pour vous des documents prêts à l'emploi pour vous aider à obtenir votre indemnisation.
Pourquoi une maison fissurée par la sécheresse n'est pas indemnisée automatiquement ?
Le phénomène qui fissure les maisons en période de sécheresse s'appelle le retrait-gonflement des argiles : le sol argileux se rétracte quand il s'assèche, puis regonfle avec l'humidité, ce qui fait travailler les fondations et fissure les murs.
Le problème, c'est que ce dommage ne relève pas simplement de la garantie catastrophe naturelle de votre assurance habitation, qui se déclenche généralement même en cas de sinistre isolé.
Il ne peut être indemnisé que si un arrêté interministériel reconnaît officiellement l'état de catastrophe naturelle pour la commune où se trouve le bien.
Cet arrêté ne peut être demandé que par une seule personne : le maire, via le téléservice iCatNat ou un dossier papier transmis à la préfecture. Un particulier ne peut pas déposer cette demande lui-même.
Dans la majorité des cas, une commune ne fait pas la démarche parce qu'elle ignore la procédure ou n'a pas les moyens de constituer le dossier, rarement par mauvaise volonté. Le levier le plus efficace n'est donc pas la mise en demeure, mais de remettre au maire un dossier déjà prêt, documenté, et si possible signé par plusieurs foyers de la commune.
Retrait-gonflement d'argiles : quels délais connaître ?
Deux délais sont à ne surtout pas manquer : le dépôt de la demande par la commune, et votre déclaration de sinistre après publication de l'arrêté.
| Étape | Qui agit | Délai |
|---|---|---|
| Signalement des désordres à la mairie | Vous | Dès la découverte, sans attendre |
| Dépôt de la demande de reconnaissance | Le maire, via iCatNat | Au plus tard 24 mois après le début du phénomène |
| Constitution du rapport technique | Préfecture et Météo-France | Variable, quelques semaines à quelques mois |
| Examen du dossier | Commission interministérielle | Réunion mensuelle |
| Publication de l'arrêté au Journal officiel | Ministère de l'Intérieur | Dans les 2 mois suivant les demandes communales |
| Déclaration du sinistre à l'assureur | Vous | 30 jours après la publication de l'arrêté au JO |
| Versement d'une provision | L'assureur | 2 mois à compter de l'état estimatif ou de la publication |
| Indemnisation complète | L'assureur | 3 mois maximum |
Entre l'apparition des fissures et la publication de l'arrêté, il s'écoule généralement un à deux ans, le temps que les services instruisent le dossier.
Ce n'est pas une raison pour attendre : les preuves se constituent au moment où les désordres apparaissent et la demande communale doit être déposée bien avant la limite des 24 mois.
Retrait gonflement d'argiles : que faut-il envoyer à la mairie ?
Pour faire reconnaitre l'état de catastrophe naturelle dans votre commune, vous devrez envoyer un dossier complet à votre mairie. Ce qu'il doit contenir :
| DOCUMENT | QUAND L'UTILISER |
|---|---|
| Courrier de demande de reconnaissance adressé au maire | Dès la découverte des désordres |
| Tableau de recensement des habitations touchées | À joindre au courrier, après avoir vu les voisins |
| Attestation de retrait-gonflement des argiles | À joindre au courrier |
| Fiche de relevé | À ouvrir tout de suite, à compléter dans le temps |
Afin de vous faciliter les tâches, nous vous avons préparé des modèles téléchargables pour chacun des 5 documents.
Pièce 1 : un courrier de demande adressé au maire
Vous devez commencer par envoyer un courrier recommandé demandant au maire de déposer la demande de reconnaissance auprès de la préfecture.
S'il y a d'autres foyers touchés dans votre rue ou votre quartier, faites-le partir le même jour que les leurs.
Pièce 2 : le tableau de recensement des habitations touchées
C'est sûrement la pièce la plus utile pour la mairie : la commission interministérielle apprécie l'ampleur des dommages à l'échelle de la commune, pas un cas isolé.
Faites le tour du voisinage et ne notez une adresse qu'avec l'accord de la personne concernée.
Pièce 3 : la fiche de relevé et de suivi des fissures
Ce qui convainc un expert n'est pas la taille d'une fissure, mais son évolution dans le temps. Ouvrez cette fiche dès l'apparition des premiers désordres, même si l'arrêté n'est attendu que dans un an : numérotez chaque fissure, mesurez-la à intervalle régulier, et ne rebouchez rien avant l'expertise.
Consignez également les signes suivants :
- Portes ou fenêtres qui frottent, coincent ou ne ferment plus
- Carrelage qui se soulève, se fend ou sonne creux
- Décollement entre le bâtiment principal et une annexe, un perron, une terrasse
- Affaissement visible du sol, du dallage ou des seuils
- Canalisations rompues, écoulements anormaux
- Arbres de grande taille à moins de quinze mètres, et travaux récents à proximité : terrassement, piscine, drainage, abattage d'arbre
Où trouver l'attestation de retrait-gonflement des argiles ?
Ce que l'on cherche sous ce nom, c'est en réalité l'extrait Géorisques : un document gratuit qui indique, pour une adresse précise, le niveau d'exposition à l'aléa retrait-gonflement des argiles (faible, moyen ou fort).
Pour l'obtenir :
- Rendez-vous sur georisques.gouv.fr et saisissez l'adresse du bien.
- Consultez la fiche "risques" du logement : elle affiche le classement retrait-gonflement des argiles ainsi que les autres aléas (inondation, sismicité, etc.).
- Téléchargez ou imprimez l'extrait correspondant : c'est ce document qui tient lieu de justificatif dans vos démarches.
Une fois cette attestation obtenue, vous pouvez :
- La joindre au courrier envoyé à la mairie pour appuyer votre demande de reconnaissance.
- L'intégrer au dossier de preuves avant expertise
Retrait-gonflement d'argiles : quels documents préparer pour se faire rembourser ?
Une fois l'arrêté de catastrophe naturelle publié au Journal officiel, la partie administrative change de camp : ce n'est plus votre maire qu'il faut convaincre, mais votre assureur.
Et le compte à rebours est cette fois beaucoup plus serré : vous avez 30 jours pour déclarer le sinistre.
Afin de vous aider, on a mis à votre disposition des modèles à utiliser pour vous faire indemniser :
Pièce 4 : la déclaration de sinistre à l'assureur
Ce courrier officialise votre demande d'indemnisation. Envoyez-le en recommandé avec accusé de réception dès la publication de l'arrêté : c'est cette date qui fait courir le délai de 30 jours, pas la date d'apparition des fissures.
Il doit mentionner :
- votre numéro de contrat et vos coordonnées,
- la date d'apparition des désordres,
- la référence de l'arrêté (numéro et date de publication au Journal officiel),
- une description sommaire des dommages.
Joignez-y l'extrait Géorisques et la fiche de relevé des fissures que vous avez déjà constitués : l'assureur s'appuiera dessus pour évaluer l'ancienneté du phénomène.
Pièce 5 : le dossier de preuves pour l'expertise
À réception de votre déclaration, l'assureur mandate un expert pour évaluer les dommages. C'est ce rendez-vous qui détermine le montant de l'indemnisation.
Mieux vaut arriver avec un dossier solide plutôt que de découvrir les fissures en même temps que l'expert.
Pièce 6 : la demande de qualification de l'expert
Depuis un décret entré en vigueur le 12 août 2026, les experts intervenant sur des dommages de retrait-gonflement des argiles doivent justifier d'une qualification spécifique (70 heures de formation, dont 35 heures de terrain).
Ce courrier permet de faire constater par écrit la qualification de l'expert désigné par votre assureur.
Que faire si la mairie ou l'assureur bloque ?
- Si la mairie ne dépose pas la demande : relancez par écrit en demandant une réponse motivée. Vous pouvez aussi saisir le service interministériel de défense et de protection civiles (SIDPC) de la préfecture, solliciter le député ou le sénateur de votre circonscription, ou vous rapprocher d'une association de sinistrés du retrait-gonflement des argiles.
- La commune n'est pas retenue par l'arrêté : demandez la décision motivée et les données météorologiques utilisées. Un recours gracieux est possible auprès du préfet (il ne suspend pas le délai de recours contentieux), puis un recours contentieux devant le tribunal administratif dans les deux mois de la notification.
- L'assureur refuse la prise en charge : la raison la plus fréquente est que le dommage n'affecterait pas la solidité du bâti ou son usage normal (les annexes, garages isolés et terrasses sont souvent exclus). Vous pouvez demander une contre-expertise, saisir le médiateur de l'assurance, ou, en dernier recours, solliciter une expertise judiciaire.
Retrait-gonflement d'argiles : quelles autres garanties de l'assurance habitation faire jouer ?
Entre l'apparition des premières fissures et une éventuelle indemnisation au titre de la catastrophe naturelle, il peut s'écouler un à deux ans.
En paralèlle, deux autres garanties de votre contrat multirisque habitation méritent d'être vérifiées : elles ne dépendent d'aucun arrêté et peuvent, selon les cas, jouer plus vite.
La garantie dégât des eaux / infiltration
Le retrait-gonflement des argiles fissure les murs, mais il fissure aussi souvent les canalisations enterrées ou les joints d'étanchéité, ce qui provoque des infiltrations.
Ces conséquences-là relèvent de votre garantie dégât des eaux classique : vous pouvez déclarer le sinistre immédiatement, sans attendre un arrêté.
Deux précisions à garder en tête :
- cette garantie ne couvre que les dommages liés à l'eau (moisissures, dégradation des sols, canalisation rompue), pas la fissure elle-même ni les désordres structurels ;
- la déclaration suit le délai de droit commun, généralement 5 jours ouvrés à compter de la découverte du sinistre, ce qui est nettement plus court que les 30 jours accordés après un arrêté catnat.
La garantie décennale du constructeur
Si votre maison a moins de dix ans, une deuxième piste existe, souvent ignorée des propriétaires : la garantie décennale du constructeur.
Elle couvre pendant dix ans à compter de la réception des travaux tout désordre qui compromet la solidité de l'ouvrage ou le rend impropre à sa destination, ce qui peut être le cas de fissures profondes liées à des fondations mal dimensionnées pour un sol argileux.
Deux façons de la faire jouer :
- si une assurance dommages-ouvrage a été souscrite à la construction, elle indemnise directement, sans attendre qu'un tribunal détermine les responsabilités ;
- à défaut, il faut adresser une mise en demeure au constructeur (ou à son assureur en responsabilité civile décennale), en s'appuyant sur un rapport d'expertise établissant le lien entre le défaut de construction et les désordres constatés.
Avant d'écarter cette option, vérifiez la date de réception des travaux sur votre contrat de construction (CCMI) ou l'acte de vente : tant que les dix ans ne sont pas écoulés, cette garantie reste mobilisable, même si le phénomène de sécheresse est par ailleurs reconnu comme catastrophe naturelle.
Dans tous les cas, pendant les 1 à 2 ans que peut prendre la reconnaissance de catastrophe naturelle, autant s'assurer que votre contrat actuel couvre correctement ces risques :

