La flambée du kérosène a contraint des compagnies comme Transavia, KLM ou SAS à annuler des milliers de vols ce printemps. Si vous êtes concerné, vous avez des droits précis et certains sont plus solides que les compagnies ne veulent bien le dire. Remboursement, indemnisation, assurance voyage : voici exactement ce que vous pouvez réclamer.
Des annulations de plus en plus fréquentes
Depuis le début de l'année 2026, les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, et notamment les restrictions liées au détroit d'Ormuz, ont provoqué une flambée sans précédent du prix du kérosène.
Le carburant aéronautique est passé de 750-831 $/tonne fin 2025 à plus de 1 700-1 900 $/tonne au printemps 2026. L'Europe importe environ 50 % de son kérosène depuis les pays du Golfe, ce qui la rend particulièrement exposée.
Face à cette hausse brutale des coûts opérationnels, plusieurs grandes compagnies ont pris des décisions radicales : SAS a annulé plus de 1 000 vols, KLM environ 160 vols, et Transavia, Lufthansa ou encore Air Transat ont également réduit leurs programmes de vols pour l'été 2026. Des centaines de milliers de voyageurs se retrouvent concernés, souvent avec un préavis très court.
Ce que la compagnie est obligée de vous proposer immédiatement
Dès lors que votre vol est annulé , quelle qu'en soit la cause, le règlement CE n°261/2004 vous garantit trois droits fondamentaux. La compagnie doit vous les proposer sans attendre que vous en fassiez la demande.
Le remboursement intégral du billet (toujours dû)
Vous avez droit au remboursement intégral du prix de votre billet dans les 7 jours, par le même moyen de paiement que celui utilisé lors de l'achat.
Ce délai est impératif : la compagnie ne peut pas vous imposer un avoir ou un bon d'achat sans votre accord explicite. Refusez tout avoir si vous n'en voulez pas : vous êtes en droit d'exiger l'argent.
Le réacheminement vers votre destination
Vous pouvez aussi opter pour un réacheminement vers votre destination finale, dans des conditions de transport comparables. Soit sur le premier vol disponible de la compagnie, soit sur un vol ultérieur à une date qui vous convient.
La compagnie doit prendre en charge ce réacheminement sans surcoût pour vous, y compris si cela implique de passer par un autre transporteur.
L'assistance sur place (repas, hébergement, communications)
Si vous êtes bloqué à l'aéroport dans l'attente d'un réacheminement, la compagnie est tenue de vous fournir une prise en charge : repas et rafraîchissements en proportion du temps d'attente, hébergement à l'hôtel si une nuit est nécessaire, transport entre l'aéroport et l'hôtel, ainsi que deux communications téléphoniques ou accès à l'email. Conservez tous vos justificatifs de frais : vous en aurez besoin pour vous faire rembourser.
Avez-vous droit à une indemnisation de 250 à 600 € ?
Le règlement CE n°261/2004 (article 7) prévoit une indemnité forfaitaire en cas d'annulation, mais son versement dépend d'une condition clé : la nature de la cause invoquée par la compagnie.
Quand l'indemnisation est due
La jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union Européenne (arrêt Wallentin-Hermann, 2008 ; arrêt Sturgeon, 2009) n'a jamais reconnu la hausse du prix du carburant comme une circonstance extraordinaire au sens du règlement CE n°261/2004.
Si votre vol est annulé pour des raisons économiques liées au coût du kérosène, l'indemnisation forfaitaire reste légalement due.
Autrement dit : si la compagnie annule votre vol en invoquant uniquement la flambée du kérosène, cette justification ne suffit pas à les exonérer de l'indemnité. Une décision purement économique ne constitue pas un événement extérieur imprévisible et inévitable.
| Distance du vol | Indemnité forfaitaire |
|---|---|
| ≤ 1 500 km | 250 € |
| 1 500 – 3 500 km | 400 € |
| > 3 500 km | 600 € |
Quand l'indemnisation n'est pas due : la fermeture d'espace aérien
La situation est différente si votre vol est annulé en raison de la fermeture d'un espace aérien, comme cela peut se produire au-dessus du détroit d'Ormuz ou de certaines zones du Moyen-Orient.
Par analogie avec la jurisprudence relative aux cendres du volcan Eyjafjöll, une telle fermeture est assimilée à une circonstance extraordinaire.
Dans ce cas, la compagnie peut légalement refuser de verser l'indemnité forfaitaire de 250 à 600 €. Mais attention : le remboursement intégral du billet et l'assistance sur place restent absolument obligatoires, même en cas de circonstance extraordinaire.
Vous avez réservé un forfait vol + hôtel ?
Si vous avez réservé un voyage à forfait (vol + hôtel, vol + location de voiture, etc.) auprès d'un tour-opérateur ou d'une agence de voyages, vous bénéficiez d'une protection supplémentaire prévue par la directive EU 2015/2302, transposée en droit français aux articles L.211-9 et suivants du Code du tourisme. Si aucune solution satisfaisante n'est trouvée, vous pouvez résilier le contrat sans frais et obtenir le remboursement intégral.
Une résiliation sans frais si le prix augmente de plus de 8 %
Voici un droit peu connu mais très puissant : selon l'article L.211-13 du Code du tourisme, si l'organisateur de votre forfait augmente le prix total de plus de 8 %, par exemple en répercutant la hausse du kérosène, vous avez le droit de résilier le contrat sans pénalité et d'obtenir le remboursement complet des sommes versées dans les 14 jours. L'organisateur doit vous informer clairement de cette augmentation et de votre droit de résiliation.
Comment faire votre réclamation ?
Commencez par envoyer une réclamation écrite à la compagnie aérienne, par email ou via le formulaire officiel de son service client. Mentionnez explicitement le numéro de votre vol, la date, le motif d'annulation invoqué, et demandez à la fois le remboursement et l'indemnisation forfaitaire.
Une médiation désormais obligatoire
Depuis le 7 février 2026, le Décret n°2025-772 rend la médiation auprès du Médiateur du Tourisme et du Voyage (MTV) obligatoire avant tout recours judiciaire.
La procédure est gratuite et entièrement en ligne sur le site du MTV. Vous devez saisir le MTV si la compagnie ne répond pas dans un délai de 2 mois ou si elle rejette votre demande.
Conservez systématiquement votre billet, votre carte d'embarquement, la notification d'annulation par SMS ou email, et tous les justificatifs de frais engagés (hébergement, repas, transports).
Un recours judiciaire en dernier ressort
Si la médiation MTV échoue, vous pouvez saisir la Direction Générale de l'Aviation Civile (DGAC) pour signaler l'infraction. En dernier recours, une action en justice devant le tribunal judiciaire reste possible. Pour des montants inférieurs à 5 000 €, la procédure peut être engagée sans avocat.
Ce que votre assurance voyage couvre
L'assurance voyage intervient en complément, après que vous avez exercé vos droits auprès de la compagnie.
Elle est surtout utile pour couvrir les frais que le règlement CE n°261/2004 ne prend pas en charge : nuits d'hôtel déjà réservées et non remboursables, activités prépayées sur place (excursions, entrées), location de voiture annulée, billets de train achetés pour rejoindre l'aéroport.
Et votre carte bancaire, elle couvre quoi ?
Les cartes bancaires haut de gamme (Visa Premier, Mastercard Gold, cartes Amex) incluent souvent une assurance annulation ou assistance voyage.
Cette couverture peut prendre en charge une partie des frais en cas de vol annulé mais avec des plafonds et des exclusions qui varient fortement.
En règle générale, la couverture carte bancaire est plus limitée qu'une assurance voyage dédiée : plafonds plus bas, délais de déclaration stricts, et souvent une exclusion des situations liées à des causes « commerciales ».




