Insurtech : la révolution digitale de l'assurance

Insurtech : la révolution digitale de l’assurance

Le 04/02/2019

L’assurance en France ne semble pas encore très bousculé par la déferlante digitale qui a fait trembler de nombreux secteurs à travers le monde (Uber et les taxis, Airbnb et les hôtels, Facebook et les médias..). Plusieurs causes expliquent cela : une profession règlementée, un univers poussiéreux et une forte technicité métier structurée autour de la mutualisation des risques. Pourtant, les avancées technologiques viennent offrir à ce secteur des outils révolutionnaires mais qui peuvent aussi fragiliser certains gros acteurs.

Insurtech

L’Insurtech : des innovations nombreuses

L’Insurtech (ou Assurtech pour les francophiles) vise à modifier en profondeur le secteur et son impact est présent sur toute la chaine de valeur. Tout d’abord, la grande révolution est d’offrir aux utilisateurs (donc aux assurés) une meilleure expérience client en amont de la souscription à un contrat. On trouve les comparateurs d’assurance mais aussi tous les sites d’informations qui permettent de faire un choix objectif sur les garanties et les franchises. L’avenir est maintenant de réussir à offrir via un site internet une expérience qui couplerait le meilleur prix et le meilleur conseil. En effet une solution d’assurance n’est pas un billet d’avion et le prix n’est pas le seul argument que souhaitent les clients. Le digital a encore un chantier pour reproduire la qualité du conseil personnalisé d’un courtier indépendant avec les bénéficies qu’on lui connait : compétitivité, immédiaté, facilité.

On observe trois niveaux d’innovation dans la distribution en ligne :

  • les revendeurs de leads (comparateurs…)
  • les call centers (Direct Assurance, Santiane..)
  • les solutions 100% digital (acquisition, transformation, adhésion)

L’Insurtech vient aussi révolutionner les formalités d’adhésion (par exemple Allianz et l’assurance automobile entièrement en ligne avec la signature électronique) afin de remplacer les liasses de documents d’adhésion par des process beaucoup plus rapides et simples. L’autonomisation est une véritable aspiration des assurés à l’égal de ce qu’ING a réussi dans la banque en ligne.

Quand on sait que sur certains produits d’assurance, les coûts de gestion représentent près de 10/15% des primes, il y a un réel intérêt afin de pouvoir diminuer les primes et/ou améliorer les garanties.

Mais ce qui est le plus impactant c’est la sélection du risque est donc le Big Data est un enjeu majeur pour les assureurs. Pouvoir compiler des millions d’informations pour mieux appréhender le risque, affiner les prix et lutter contre la fraude. C’est un réel enjeu pour pouvoir mieux comprendre les nouvelles habitudes de consommation et les objets connectés commencent à devenir des outils intéressants pour les actuaires. Une tarification ne serait plus uniquement statique mais vivante selon certains indicateurs.

Insurtech et économie collaborative

On entend aussi de plus en plus parler du crowdinsuring lié à l’Insurtech. A l’image d’une tontine, les assurés viendraient s’assurer en peer to peer . « Je t’assure, tu m’assures et il n’y a un flux financier que si un sinistre intervient ». La vraie difficulté réside dans le principe même de l’assurance qui est une mutualisation des risques et tout à l’inverse d’un système de peer to peer (contrairement à un taxi en relation avec un passager ou un propriétaire d’un appartement et un touriste). La seconde difficulté réside dans le problème de monétisation de la plate-forme qui mettrait cela en place car elle ne se rémunèrerait seulement que sur les sinistres. Cela pose un vrai problème de trésorerie et c’est pourquoi aucune de ces initiatives n’a jamais encore vu le jour.

Et une solution où les particuliers cotiseraient avec une redistribution des primes non utilisées sous la forme d’un baisse des primes ou une amélioration des contrats ? Oui, excellente idée mais cela existe en France depuis la révolution française et cela s’appelle une mutuelle ! Donc l’innovation digitale n’est pas trop de ce côté là selon moi. Il y a beaucoup mieux à faire en terme de créativité.

Qui va tirer profit de l’Insurtech ?

Selon la ministre du Numérique «le marché de l’assurance française n’est pas en retard en matière de numérique». Cependant, les acteurs existants parlent beaucoup de numérique mais souffrent de plusieurs freins à l’innovation. La bonne santé économique du secteur depuis des décennies est une des explications qui montrent pourquoi les directions n’ont jamais réellement eu envie de bouleverser leurs organisations.

Seuls de nouveaux entrants peuvent réellement faire bouger les lignes pour fortement innover dans l’Insurtech. La facilité de développer facilement des outils à très forte valeur ajoutée grâce aux frameworks actuels comme PHP montre la démocratisation de la technologie. Quelques développeurs peuvent créer en 6 mois des architectures techniques qu’il fallait avant plusieurs années à créer pour des budgets colossaux. On peut citer Fluo dans les assurances voyages, Santiane dans la santé ou encore Assurone dans l’automobile. Pour en savoir plus, voici un mémoire intéressant sur le business models des start-ups dans l’assurance.

Par ailleurs, à l’instar de Climate Corporation (revendu 1 milliard en moins de 10 ans), de nouveaux produits peuvent être créés par des startups innovantes en proposant une solution globale (modélisation du risque, conception du produit, distribution et gestion des sinistres). Les nouveaux modes de consommation entrainent de nouveaux besoins.

Pour résumer, le premier bénéficiaire de l’Insurtech est le consommateur final. L’aversion des français vis à vis de l’assurance est un très bon défi à relever pour chacune de ces nouvelles sociétés digitales.

Antoine Fruchard, fondateur de Réassurez-moi

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